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Guinée : le géant français quitte la mine de bauxite de Tinguilinta

La société DTP Mining, filiale du groupe français Bouygues, a annoncé son retrait du projet minier de bauxite à Tinguilinta, dans la région de Boké en Guinée. Ce désengagement s’inscrit dans un contexte de reprise en main du secteur par la junte guinéenne et pose de nombreuses questions sur l’avenir des investissements étrangers dans le pays.La Guinée figure parmi les pays les plus riches en bauxite au monde, minerai indispensable à la fabrication de l’aluminium. Le projet de Tinguilinta avait été lancé sous la responsabilité de la société Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale d’un groupe émirien, qui avait passé en 2017 un contrat avec Bouygues pour mener les travaux d’exploitation. Le contrat porté par DTP Mining prévoyait un traitement « bulk mining » avec des objectifs élevés : jusqu’à 50 000 tonnes de bauxite par jour à broyer et charger. Mais, mi-2025, la junte de Conakry a retiré le titre minier à GAC à la suite d’un différend avec l’État. Cette décision a changé la donne pour tous les acteurs impliqués.DTP Mining avait mentionné que le projet Tinguilinta mobilisait jusqu’à 1 300 employés sur site, avec un contrat d’environ 325 millions USD. Le site visait une extraction journalière jusqu’à 90 000 tonnes de matériau brut, afin de produire 50 000 tonnes de bauxite.

La rupture intervient alors que le nouveau détenteur du site, Nimba Mining Co, entièrement guinéenne, est censée prendre le relais. Le média Africa Intelligence indique que DTP Mining a refusé de poursuivre ses activités en l’état, évoquant des négociations en cours avec l’État mais un retrait confirmé. Un porte-parole de DTP Mining a fait savoir qu’un simple message laconique annonçait le départ, sans donner de raison officielle. Une source guinéenne, sollicitée par RFI, indique que « plusieurs dizaines de millions de dollars » seraient dus à DTP Mining par GAC à la suite du départ des Émirats, ce qui pourrait avoir précipité le désengagement. Un analyste local commente : « L’investisseur étranger se retire alors que l’institutionnel national s’affirme. Cela pose un problème de confiance pour le futur. »Pour la Guinée : Le retrait de DTP Mining fragilise la continuité opérationnelle du site de Tinguilinta. Si l’exploitation est stoppée ou ralentie, l’État guinéen perd des recettes et des emplois. L’implication d’une entreprise 100 % guinéenne peut renforcer la souveraineté, mais elle devra rapidement démontrer sa capacité.Pour les investisseurs étrangers : Le cas symbolise le risque que représente une forte intervention de l’État ou de la junte dans le secteur minier d’un pays riche en ressources mais instable politiquement.Pour le secteur de la bauxite : La Guinée produit en 2024 près de 72 millions de tonnes de bauxite, selon l’International Bauxite Association (chiffre non récent ici mais indicative). Une fragmentation des projets ou des retraits met en péril cette production.Pour l’avenir humain et social : À court terme, les employés du site pourraient perdre leur travail. À moyen terme, les communautés locales pourraient subir un recul dans les investissements sociaux liés à l’exploitation minière.Le retrait de Bouygues via sa filiale DTP Mining du site de Tinguilinta interroge. Il soulève des questions sur la capacité de la Guinée à conjuguer souveraineté nationale et attrait pour les investissements internationaux. Il interroge aussi la fiabilité des engagements contractuels dans un contexte où l’exploitation des ressources reste un enjeu stratégique.Alors que Landaya News s’engage à « informer pour comprendre le monde autrement », ce dossier invite à une double réflexion : sur les ambitions de la Guinée dans le secteur minier et sur le rôle que veulent jouer les investisseurs étrangers dans des pays à forte instabilité politique. Comment la Guinée pourra-t-elle garantir à la fois contrôle national et conditions sécurisées pour les investisseurs ?

Par Landayanews

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